Sam
Sam

Les circonstances de la vie font qu’une personne explose… pis ça s’en va d’une facon… pis ça été ça… Jusqu’à l’âge de 37 ans, j’étais pareil comme mes autres chums…ça déboulé avec mon burn out… J’étais pas supposé en arriver là…

Moi, je viens de la Gaspésie.  J’ai pas eu une enfance difficile.  Mon père travaillait beaucoup à l’extérieur.. J’étais entouré de ma mère et de mes grands-parents.  J’ai jamais manqué de rien. 

À 14 ans je travaillais déjà et j’avais toujours ben d’l’argent dans mes poches pour l’âge que j’avais…je travaillais dans les bars, j’avais des jobs d’été…j’ai tout le temps eu un roulement de vie énorme.  J’ai commencé à prendre un peu de bière, de hash, de pot mais pas plus que les autres.  Mais j’avais en masse l’argent pour me le payer. 

Au début de la vingtaine, je gagnais des gros salaires, j’avais deux jobs en même temps, j’avais un train de vie aisé.  J’travaillais dans les bars comme disk-jockey, j’étais cuisinier dans les restaurants…j’ai travaillé 7 sur 7 pendant cinq ans. 

Ma consommation a augmenté avec les années, dans les bars c’était facile de consommer,
Ça jamais dérangé ma job…au début…

Dans les années 90, les problèmes ont commencé.   J’avais perdu ma mère à cause d’un cancer et comme je travaillais en fou pis que je consommais pas mal, j’ai fait un burn-out, une dépression majeure.  Ça m’a fait perdre mes emplois, je suis tombé sur le chômage puis sur l’aide sociale…donc j’avais pu les revenus que j’avais pour payer mes consommations. 

J’ai fait deux overdoses en deux mois, je me suis ramassé aux soins intensifs, j’ai paralysé d’un côté de la figure, j’ai du réapprendre plusieurs choses…Encore aujourd’hui je cherche mes mots…

À cause de ma dépression, de mes tentatives de suicide, de mon intoxication,  mon couple s’est brisé. J’ai vécu une séparation en 99 qui m’a vraiment mis à terre.  J’ai pogné vraiment le fond autant dans l’alcool qu’en amour.   Ça faisant 10 ans qu’on étaient ensemble.  En me retrouvant tout seul… dans une chambre de 20 X 10….j’ai sauté…
Je l’ai mal pris, ma consommation d’alcool a augmenté…  mais j’buvais 24 sur 24.

Deux mois après ma rupture, je me suis ramassé en détention provinciale pour vol qualifié.  J’ai eu une sentence de 6 mois que j’ai faite presqu’au complet car j’avais des conditions à respecter… Ces conditions devaient durer 2 ans, mais entre temps j’ai commis un autre vol qualifié dans une Caisse populaire… j’étais intoxiqué par médications…un gros cocktail de médicaments qui m’avait été prescrit par mon psychiâtre qui me suivait depuis mon burn-out….j’mélangeais tout ça et ça m’a donné le guts de faire mon vol qualifié mais ça pas marché comme je m’y attendais….Je me suis donc ramassé au fédéral.  Encore là  j’ai fait ma peine au complet à cause des bris de conditions au cours de ma détention.  J’ai un peu de misère avec l’autorité…

J’ai sorti en avril 2002.  j’ai continué à consommer…je réussissais à me faire  des jobines mais je les perdais parce que j’rentrais pas, j’étais trop saoul…J’me débrouillais quand même pas pire avec le peu que j’avais, mais un moment donné l’appât du gain a été trop fort… Je savais qu’il y avait une façon ben plus facile pour moi de faire d’l’argent faque je l’ai faite.  J’ai refait un vol dans la même Caisse populaire…Cette fois là ca été final, j’en ai pris pour 4 ans…

À travers ces 4 ans là, j’ai eu un cancer du colon, le même cancer dont ma mère en morte en 85.  Ma deuxième sentence au fédéral, ça pas été un cadeau je l’ai passé entre le pénitencier pis l’hôpital…Ça été long en maudit.
 
J’ai sorti en septembre 2007… J’ai décidé de m’en venir à Montréal, car je pensais qu’en retournant dans mon coin ce serait plus facile pour moi de retomber dans la criminalité… Y me fallait un changement drastique …

Quand je suis sorti, j’avais 900$ dans mes poches…ça cé flambé vite…j’ai même pas pensé à me trouver un appartement ou faire de demande d’aide sociale…j’ai pas pensé à ça…

Quand on est au maximum en prison, ils te laissent à toi-même quand tu sors.  Y t’offrent pas de services pour te réintégrer. Plus tu fais d’années, moins qui t’offrent de services…
La coupure est encore plus énorme car tu connais pas de période de transition où tu es supervisé.

Trois semaines après,  j’étais dans la rue pis le choix le plus intelligent que j’ai trouvé c’est de venir ici à la Maison du Père.  J’ai fait le refuge pendant trois semaines avant de me retrouver au Transit…J’ai fait des tâches.

C’est mon quatrième mois au Transit pis quand je regarde les gars au Refuge, je les plains…avec la température qu’on connaît…des -20 ça pas d’bon sens…pis j’me dis j’serais peut-être encore en ligne si j’avais pas pris en main mon avenir…Avec le Transit, j’ai toutes les ressources possibles pour faire ce qui a à faire, m’impliquer comme il faut pour pouvoir voler de mes propres ailes pis avoir une vie plus stable.  Je l’attends depuis des années celle-là…Après mon deuxième vol qualifié en 99, j’étais déjà écœuré de cette vie là…pis pourtant on est en 2008 pis chu encore dans même situation… 

J’ai passé plusieurs  épreuves dans ma vie, mais à travers ça j’ai appris beaucoup.  Au fond, la détention m’a peut-être sauvé car je m’autodétruisais…

Là,  j’ai besoin d’un coup de main pour voir ce que les divers organismes ont à m’offrir…ce qui est bon pour moi et ce qui l’est pas…C’est mes choix, mais j’ai besoin d’aide pour les prendre car on vient dans notre vie qu’on est assez perdu …même aller dans une banque pour changer un chèque, ouvrir un compte de banque…ça devient compliqué… …L’autre jour j’pouvais pas avoir de compte de banque parce que j’avais pas de carte d’assurance sociale…J’avais beau y donner mon numéro …y voulait la carte… Tout est compliqué.   C’est comme faire un cv… j’ai eu deux refus à cause de ma détention…parce que je l’ai dit…faut pas être trop honnête ça d’l’air.

Au moins, en arrivant à la Maison du Père, j’ai été traité comme une personne…j’ai pas vu de rejet….j’ai dit tout de suite en arrivant que je sortais dans d’dans  pis je me suis pas senti jugé, je me sentais égal aux autres…Les membres du personnel sont là pour nous aider.  Pis quand on réussit quelque chose, y sont contents …c’est comme si ils avaient réussi quelque chose eux-aussi…On s’aide mutuellement…C’est pas dérangeant d’aller voir quelqu’un pour demander de l’aide...Dé fois j’vais dire mon point de vue sur quelque chose pis l’intervenant va dire cé vrai t’a raison…Chu fier d’entendre ça car j’peux me dire j’peux prendre des décisions. 

Dans mon cas c’est important de savoir où je m’en vais…Dernièrement, j’ai vu mon intervenant pis y m’disait qui voyait des changements dans mon attitude….ma façon d’agir, mon état d’âme, comment je peux être avec les autres…quand on est dans son cheminement, on se rend pas compte de ça, ça fait du bien d’avoir ce feed-back là des intervenants, ça t’encourage.

Sans la Maison du Père, j’s’rais peut-être encore couché sur un banc de parc ou 6 pieds sous terre.

J’ai pas vraiment de famille, j’ai coupé les liens avec le peu de famille qui me restait depuis ma dernière détention.  J’ai pu de nouvelles de mes chums d’enfance…j’me sens tout seul mais cé pas grave.

Je suis suivi par un psychiâtre depuis ma sortie… on tente de voir mon réel problème…

Avant mon burn out, j’ai eu plusieurs thérapies.  J’avais un suivi en toxicomanie avec une intervenante au CLSC, j’ai  fait partie des AA .  J’étais poussé dans le dos par la famille, je le faisais pas vraiment pour moi.  La seule thérapie que j’ai faite pour moi-même c’est lors de ma première incarcération.  Je voulais… mais après deux ans…j’ai retombé…

J’veux recommencer à travailler mais ma santé est pas ce qui a de mieux… je suis en rémission de mon cancer…c’est pas encore parfait…j’ai encore des opérations à avoir… au niveau de l’estomac j’ai des hernies partout en raison d’un sevrage trop rapide, sans méthadone, lors de mon incarcération.

Mais j’ai hâte de pouvoir faire mon p’tit coin  moi…être dans mes affaires i …  J’ai hâte de payer moi-même mon loyer… Ici ta pas ton intimité…j’ai pas encore connu la liberté depuis ma sortie…Comme en prison, j’partage les lieux avec tout le monde…

Mais je dois passer toute les étapes de mon réinsertion pour en arriver là. 

Au moins, ce que j’avais comme rêve pendant mes 4 années d’incarcération, ça revient…car quand je suis sorti j’avais tout perdu…le choc entre les deux mondes avait été trop grand…

J’ai vieilli aussi…je demande pas autant qu’avant…

J’ai toujours travaillé dans la restauration ou l’entretien ménager…j’ai pas trouvé rien encore, mais quand je vais être capable de le faire j’vais le faire…

Être plongeur ca me dérange pas…même à 50 ans…j’devrais être chef cuisinier…mais cé pas grave…jvais l’faire…

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