Ben
Ben

J’ai sombré tranquillement… chu comme un bateau qui avait de plus en plus d’eau qui montait dans sa cale…jusqu'à un moment donné où j’ai coulé complètement…j’avais plus d’espoir, ni le goût de vivre.

J’ai été élevé par une môman couveuse, monoparentale sur l’aide sociale…Elle était un peu réactive…un peu violente, un peu en désordre…Mon père  était dans le milieu des clubs, de la boisson… un peu criminel…J’ai hérité un peu de tout ça….mais quand té un enfant.. que tu grandis… tu sais pas cé quoi la vie…tu sais pas que tu peux faire des choix, que tu peux dire oui, que tu peux dire non…que t’as la possibilité d’être maître dans ça…

À 17 ans, j’étais apprenti garagiste.  Tout le monde consommait de l’alcool autour de moi faque je faisais comme tout le monde….J’ai commencé à toucher aux drogues.  Un moment donné t’en prends plaisir, t’en tires une certaine relaxation…Chaque fois que j’avais quelque chose, je consommais…J’ai passé une bonne partie de ma jeune vie d’adulte à la Brasserie…À l’âge de 20 ans j’ai touché à la cocaïne…Tranquillement ça s’est installé…jusqu’à ce que je consomme par injection…J’ai pas accroché tout de suite, mais avec le temps, le manque de confiance…

J’ai perdu mon emploi comme apprenti garagiste car j’avais plus de motivation…déjà là j’avais des problèmes de comportement, d’attitudes négatives….mais je savais pas ce que j’avais…

Ensuite mon beau-frère m’a aidé pour avoir ma licence en plomberie et j’ai eu un emploi à la ville de Montréal .  C’était payant mais mon argent je la passais à consommer, à faire des choses pas trop constructives…  J’ai eu une épouse, une fille, mais tout ça a éclaté.  Notre relation n’était pas une bonne relation.  J’étais dépendant affectivement. 

À travers toutes ces années,  j’ai augmenté mon niveau de consommation.  Un moment donné mon taux d’absentéisme a trop augmenté…faque cé là qu’on m’a proposé le programme d’aide aux employés….de faire une thérapie…Mais moi je voyais même pas que j’avais un problème…Quand té là-dedans depuis des années, tu sens pas que t’as un problème, tu penses que té normal…pis y faut que tu consommes…

Ma première thérapie je l’ai faite en 88…j’les ai pratiquement toutes faites…des grosses thérapies…j’ai été jusqu'à Portage… Cé pour ça que j’étais un peu découragé…Câlinne ça faisait plusieurs thérapies que je faisais….mais j’arrivais pas à mettre tout ça en place..pis à ressentir un peu de bonheur…pis à me dire  « oui…cé l’fun se lever…cé l’fun se coucher le soir parce que demain cé une nouvelle journée qui commence… »

J’ai finalement été mis à pied.  J’avais des problèmes physiques, le travail était dur et je me suis mis à consommer plus pour garder mon rythme, ma productivité…Mais ça m’a causé deux hernies discales…pis je commençais à avoir des rhumatismes aussi…

J’avais le mal de vivre mais j’avais jamais pris le temps de voir qu’est ce qui n’allait pas…qu’est ce que tu pourrais faire pour améliorer la situation…j’me gelais pour pu penser…

J’ai pas travaillé l’année qui a suivi car j’avais un bon chômage…ensuite j’ai descendu, j’me suis retrouvé sur l’aide sociale…la pauvreté…Je me suis tenu avec des gens dans la pauvreté qui consommaient…c’était mon cercle d’amis…y consomment, je consomme.

Je suis tombé dans une dépression qui a duré plusieurs années mais je l’savais pas que j’étais en dépression.  Les obsessions de suicide se sont emparées de moi au point où j’en suis venu à passer aux actes, le 30 juin 2006.  Ca faisait peut-être 4 ou 5 ans que j’étais en dépression, mais je ne le savais pas.  Y’avait des moments où c’était plus sombre… des moments où c’était moins sombre… En consommant du poison je m’infectais encore plus …

J’avais 52 ans et j’étais vraiment rendu au bout...j’voyais pas d’issue,  j’me disais
«  R’garde t’as 52 ans…la vie est finie…pourquoi tu continues?…. De toute façon, ça m’intéresse plus… »

Pendant un mois je me suis préparé…j’ai donné mes affaires… Je voulais pas faire ça chez nous, je voulais pas salir,  c’est bizarre mais c’est comme ça…faque j’ai été dans un môtel,,,je me suis tranché la gorge…C’est la femme de ménage qui m’a trouvé le lendemain…j’baignais dans mon sang mais j’étais pas mort…j’pensais que j’avais du pouvoir là-dessus pour m’enlever la vie…mais j’pense qu’on a pas de pouvoir là- dedans…quand ton heure est venue ça arrive…Moi mon temps était pas venu…

Le lendemain à l’hôpital  j’ai été interviewé par une psychologue ou une psychiatre…pis je me suis confessé à cette personne là …J’ai toute dit ce que j’avais à dire…je sais pas pourquoi je l’ai faite mais je l’ai faite pis à partir de ce moment là ..tranquillement… cé comme si je m’étais mis à respirer…  Pour une fois je disais la vérité…Moi j’avais honte de ce que je faisais…donc je mentais tout le temps…

Après 3 semaines, il fallait que je quitte…  J’étais dans rue, j’avais pu rien car le jour que j’ai voulu me suicider, j’avais toute flambé mon chèque.  On est venu ici visiter  la Maison du Père et ils m’ont offert le programme du Transit en me disant qu’après six mois, je pourrais avoir un studio.  Je me suis dit  « Tout d’un coup qu’y m’arriverait quelque chose de bon… » 

Là, j’ai rencontré une intervenante  avec qui j’ai regardé ce que je voulais faire.  J’avais enfin quelqu’un qui m’écoutait et qui mettait en considération ce que je disais …. J’avais aussi une belle chambre ordonnée …Tranquillement le goût de vivre m’est revenu…

Un moment donné, yé arrivé quelque chose…j’ai eu peur d’un type, j’ai eu peur d’être agressé … J’ai eu de peur de mourir… Je me suis dit « Aye! t’as peur de mourir…dans l’fond tu veux vivre… »  J’ai pris mes médicaments pis j’les ai jetés….c’étaient des médicaments pour dormir…ça me rendait knock out…

Je suis encore suivi en psychiatrie, mais je vais pas mal mieux.  Je fais partie d’un groupe qui ont tous eu des problèmes de dépendance.  La plupart sont abstinents…Moi ça fait deux ans que je suis abstinent…

Ma fille je ne la vois plus.  J’ai essayé de reprendre contact, mais on ne me retourne pas les appels.  Les relations se sont effrichées avec les années.  Y’a des périodes où j’étais 6 7 mois sans donner de nouvelles parce que j’avais rechuté…donc je dérangeais leur vie…peut-être qu’un jour on se reverra.

Pour le moment, la Maison du Père m’offre ma première vie familiale.  On a un souper communautaire, des activités communautaires, deux réunions par mois où on discute sur nos valeurs…On dine ensemble ça me permet de parler avec les résidents…

J’ai pas envie encore de déménager…j’me sens encore influençable, fragile…  J’ai encore des obsessions et je dois me tenir loin des gens qui consomment…c’est dangereux pour moi c’est ma survie qui en dépend…  J’aurai pas une deuxième chance je le sais…

Là,  je suis en démarche avec le YMCA pour me trouver un emploi…en 2005, j’ai eu une job comme préposé chez Rona au département de plomberie mais j’étais pas heureux là-dedans… Même si j’ai beaucoup de connaissances c’est pas ça que j’aime.

J’ai toujours pensé à la musique.. Depuis que je suis à la Maison, je me consacre à ça.  Je suis autodidacte, j’apprends par moi-même… J’ai racheté une guitare et je raffine ma musique avec des cahiers. Je joue des fois dans le métro.

Je voudrais avoir un emploi dans le milieu de la musique…cé sûr que j’aimerais mieux monter des projets musicaux, jouer de mon instrument…mais si c’est pas possible j’aimerais au moins  me rapprocher des instruments, des accessoires…faire de la vente, des réparations mineures.

Un de mes profs m’a dit un jour : « Ayez une attitude positive… »  Ça m’a rentré entre les deux oreilles pis cé pas sorti…J’essaie de garder toujours une attitude positive… J’me dit que si j’y mets tout mon cœur, ya quelque chose de bon qui va arriver.

Mon grand rêve serait d’être dans un band et de travailler auprès des pauvres…Y’a cinq missions autour…j’aimerais ça pouvoir aller leur jouer du blues…monter le moral des troupes…

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